Il semble que depuis ce matin tout le monde ait cela en tête et revive les évènements comme les chrétiens revivent la passion du Sauveur pendant la semaine sainte (ou tout du moins sont sensés le faire).
Faites l’expérience : téléphonez à n’importe qui sous un prétexte quelconque et demandez-lui : “quel jour on est?”. Vous verrez qu’après qu’il aura répondu “le 11 septembre” il y aura un instant de malaise.

Cette date se transforme peu à peu en célébration de l’événement fondateur de l’Ère Nouvelle, comme la mort du Christ fonde le christianisme. À cet égard un intéressant sondage nous apprend que de nombreux américains ne se souviennent même plus de l’année exacte, laquelle est peu à peu reléguée dans des limbes mythiques. Peu importe : ces limbes sont le lieu qui convient à l’acte fondateur d’une mythologie (puisque c’est de cela qu’il s’agit). La déflagration originelle qui détruit l’unité primordiale (le World Trade Center comme unité primordiale, il fallait le faire!), la marche du monde déterminée par l’affrontement conséquent entre les forces du "bien" et du "mal"... La Cosmogonie, depuis cinq ans, s'impose peu à peu dans les esprits, et avec elle le sentiment de vivre dans un nouveau monde où les référents que l'on nous avait inculquées ne sont plus valables (ce qui a le mérite de nous ôter par là tout possibilité d'appréciation de la situation car comment l'apprécier sans référents?). C’était probablement le but recherché. Depuis le vingtième siècle, on sait que ce sont les esprits et non les territoires qu’il faut conquérir. De toutes façons, en fait de référents, il ne nous restait plus qu'une litanie de mots vidés de leur sens et que l'on psalmodie encore aujourd'hui jusqu'à la nausée : "liberté, civilisation, sécurité..."

Le rituel peu à peu se met en place, la liturgie se précise... Comme le dimanche de Pâques au Saint-Sépulcre de Jérusalem, on ira bientôt communier le 11 septembre à “ground zero”, lieu du sacrifice primordial, où les corps de certaines victimes expiatoires sont encore dit-on ensevelis, c’est à dire ni plus ni moins que disparus ce qui nous rappelle encore bien des choses...

Je n’ai jamais beaucoup cru aux forces du mal telles qu’on nous les présente depuis cinq ans, entre autre parce que de mauvaises lectures faites dans ma jeunesse m’ont appris que quand les choses sont simples elles sont en général fausses, et aussi que le mal a cette caractéristique de croire être le bien, ce qui complique les choses et précisément commence à les rendre crédibles.

Mais je peine surtout à y croire parce que tout fonctionne trop bien, tout à un goût de déjà-vu. Je n’insiste pas sur la ressemblance physique entre Ben Laden et les caricatures antisémites nazies (quoique je devrais parce que leur efficacité démontre que Shylock et le juif Süss continuent de faire figure d’ogres dans l’imaginaire occidental! j’y reviendrai à l’occasion), mais l’image des bases secrètes du grand complot mondial dans des grottes d’Asie centrale, elle, a des relents de Fu Man Chu pour ne pas dire de Vulcain. Ben Laden, au fond des enfers, entourés de ces cyclopes, et provoquant sur toute la terre les attentats-éruptions qui sèmeront la désolation et la terreur! Quel manque d’imagination, tout de même! Quel mauvais recyclage!

Au fond la réalité de Ben Laden m’importe peu, je ne serais même pas surpris qu’il soit une image de synthèse. Je dois même avouer qu’en voyant en direct à la télévision le deuxième avion s’écraser sur la deuxième tour j’ai cru que cétait une reconstitution du premier, réalisée en 3d par les infographistes de CNN.

Seuls les cadavres me paraissent réels. Celui en bas à droite de la photo. Les autres à gauche sont un copié-collé d’une autre photo.

Mais revenons à nos moutons.

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PS. J’ai lu récemment, en feuilletant un livre d’histoire, que Staline, après la deuxième guerre mondiale, avait fait pression à l’ONU en faveur d’une intervention armée en Espagne, au motif que celle-ci serait en train de fabriquer une bombe atomique avec l’aide de savant nazis réfugiés sur son sol. Quand on connait l’état de développement de l’économie espagnole en 1945, cela prèterait à sourire si ça ne rappelait d'irritants évènements récents.