maternite

Il semblerait qu’apparaissent dans toute l’Europe des versions modernes des guichets situés aux portes des couvents dans lesquels, au moyen-âge, les mères venaient abandonner leur enfant nouveau-né pour que les religieuses en prennent soin.
La disparition des couvents et donc des guichets n’avait pas fait cesser les abandons mais seulement s’imposer ces dernières années la triste habitude d’utiliser à cet effet des conteneurs à poubelle.
Je lisais récemment que, dans une banlieue particulièrement sordide de Rome où l’accouchement effectué à la sauvette dans une décharge ou accroupie dans un parking souterrain, suivi du placement du nourrisson dans une benne à ordure est, semble-t-il, plutôt fréquent, un hôpital a inauguré un de ces guichets équipé des derniers raffinements technologiques. Semblable à une cabine de péage d’autoroute, il est suffisamment éloigné de l’entrée de l’hôpital pour garantir l’anonymat de la mère et comporte une porte comme celle d’un placard de cuisine derrière laquelle est placée une espèce de berceau. Sur le côté une affiche, rédigée dans les langues des damnés de la planète venus perdre ici tout espoir, incite les jeunes mères à y déposer leur enfant plutôt qu’à la décharge. Une fois le bébé déposé, dans une atmosphère évidemment assainie et chauffée, une alarme est déclenchée à l’hôpital pour que l’on vienne le chercher. Pour éviter que d’aucuns n’aillent tirer profit de ce dispositif pour faire des plaisanteries d’un goût douteux, des senseurs vérifient que la masse placée dans le “berceau” est suffisamment lourde et de température suffisamment élevée pour être celle d’un nouveau-né. Une caméra, dont on nous garantit qu’elle ne capte que le contenu du berceau et en aucun cas les traits de celui qui y effectue le dépôt, vérifie enfin qu’il ne s’agit pas d’un chien ou d’un petit cochon. On ne saurait négliger aucune précaution.

Les Tchèques, eux, n’auront pas droit à ces guichets high-tech. Les autorités sanitaires de leur pays ont refusé de les installer dans les hôpitaux. Les arguments des autorités sanitaires laissent rêveur le lecteur hispanisant, je traduis pour les autres : “les autorités de ce pays croient que l’on ne peut rendre l’État responsable des actions irresponsables des parents (l’état préfère en effet se rendre responsable des gens responsables qui sont ceux qui à terme pourraient s’avérer dangereux) et que tout enfant a droit à une identité et à connaître ses origines (qu’il ne manquera d’ailleurs pas de découvrir au fond du conteneur à ordures dans lequel il a été jeté). Le ministère considère en outre que la majorité des enfants abandonnés seraient des étrangers ou des handicapés (qu’il vaut donc mieux laisser mourir tout de suite) et enfin que les efforts ne doivent pas consister en l’achat de couveuses mais en politiques à long terme comme l’amélioration de l’éducation sexuelle et des système d’adoption et protection sociale” (il faudra bien que ces salauds de pauvres se décident à avorter).

Si l’amour est enfant de Bohême, il semble qu’il ait été abandonné à la naissance ...

C’est fort dommage car voilà perdue l’occasion de monter une très charmante crèche de noël qui enchanterait le personnel et les patients des hôpitaux.
Dans une grotte de Bethléem au sol de linoléum et parois couvertes de tuyaux d’aération et tubes au néon, l’enfant apparaîtrait dans sa couveuse (cet accessoire qui tient de l’aquarium et du four à micro-onde), immobile, les yeux fermés, frêle et fripé comme tous les nouveau-nés, de fins tuyaux transparents sortant de ses narines, un autre de son pied et un dernier de son bras à peine plus gros qu’une asperge. Une étiquette attachée à la cheville comporterait un numéro inscrit au stylo à bille bleu. L’interne de garde, stéthoscope autour du cou, et l’infirmière en blouse verte à ses côtés prendraient des poses d’images pieuses en écartant les bras et penchant la tête de côté avec des yeux mi-clos. L’ambulance et le corbillard seraient garés devant l’entrée des urgences (je doute qu’il soit permis de faire entrer des boeufs et des ânes dans les services de pédiatrie des hôpitaux romains).  Les enfants du service de cancérologie viendraient figurer les anges avec leurs blouses blanches, leurs têtes lisses, leurs yeux immenses, et la perfusion qu’ils doivent faire rouler à leur côté suspendue à une potence à roulettes. La chimiothérapie les laisse en général si diaphanes qu’il devraient pouvoir sans difficulté évoquer de purs esprits. Trois aides-soignants viendraient apporter l’oxygène, les vaccins et le lait en poudre sur des chariots métalliques un peu brinquebalants, et quelques patients du service de rééducation motrice devraient pouvoir reconstituer une adoration des bergers acceptable pour peu qu’on accepte de prendre leurs béquilles pour des bâtons et qu’ils aient pris soin de se faire des turbans avec des bandages.

Pour ma part je peux prêter quelques moutons pour parfaire ce délicat tableau.


CUL_DE_LAMPE


PS. Tandis que je lisais la dépêche de El Mundo, des annonces google situées dans la marge (on sait que celles-ci apparaissent en fonction du contenu de la page) me proposaient de cliquer sur le site d'un magasin de vente en ligne de vêtements pour bébés et celui d'une clinique de Rome spécialisée dans la chirurgie esthétique mammaire.