Des esprits chagrins, voire chafouins, ce sont souvent les mêmes, ont pu penser en comparant la date du jour et celle du dernier billet ici publié que les moutons s’étaient égaillés dans d’autres pâtures.

Reconnaissons-le j’ai été présomptueux en pensant que j’arriverai à publier deux billets par semaine. On m’avait bien dit que la régularité est essentielle dans la conduite d’un blog mais j’avoue que le stakhanovisme dont certains arrivent à faire montre en publiant quotidiennement me laisse pantois.

Il m’est certe loisible de publier en “rebondissant” (sic) sur l’actualité  et j’ai même été tenté par cette solution : je me suis placé au bord de l’actualité, un peu surplomb, et j’ai sauté lestement, à pieds joints, en espérant rebondir. Las ! je me suis enfoncé dans une boue de mots visqueuse et malodorante, dont je ne me suis extrait qu’à grand peine en faisant avec les pieds des bruits de succion épouvantables.

J'en ai conçu un grand découragement, je l'avoue, en plus de quelques inquiétudes sur mes fonctions cérébrales car la prose publiée dans la presse me parait de plus en plus incompréhensible. J'ai beau lire et relire des articles supposés "de fond" ou "d'analyse", sur des sujets qui semblent préocupper au plus haut degré mes contemporains, je parviens de moins en moins à comprendre de quoi il traitent exactement.

Les moteurs de recherches amènent quotidiennement ici leur lot d’égarés. Étudiants bulgares cherchant matière à leur exposé sur Blaise Pascal ou onanistes de Malaisie en quête de pages porno (1) sur des “latinas” (non, ce n’est pas une blague).
Quelques lecteurs, malgré tout, aussi. On les regarde passer depuis le module de statistiques comme les moutons regardent passer les trains. Puis ils disparaissent. Je les appelle "les visiteurs du soir".
(Cela laisse pour le moins perplexe quant à certain Google et son ambition d'organiser l'information mondiale.)

Internet, me faisait remarquer une amie, est un jeu à somme zéro. Toute chose y appelle son contraire pour y tourner en rond au long d'un parcours d'annihilation constamment renouvelée.

Je me suis souvenu d'une publicité vue il y a déjà très longtemps pour un ordinateur portable, un des premiers pourvus d'un modem. Des paysages défilaient à l'écran, images de routes dans des paysages désertiques, tandis qu'une voix off déclarait être "en réunion à Milan" en même temps que rédigeant "un rapport à Hong Kong" et "un inventaire à New York". Enfin l'on voyait le visage : il apparaissait sur l'écran de l'ordinateur en disant avec un sourire qui se voulait d'une sérénité bouddhique mais qui ne parvenait qu'à être vulgairement satisfait : "je suis au centre de tout".

Voilà : nous sommes parvenus, faute de moteur, au processeur immobile. L'espace disparaît et l'immédiateté fait croire à l'instantanéité qui fera disparaître le temps. Cain et Abel vont bientôt se réconcilier.

Ah ! j’avais oublié de vous souhaiter une bonne année.

Allons rassembler ces moutons, à présent.


CUL_DE_LAMPE


(1) l'emploi de ce dernier terme devrait encore faire augmenter leurs visites.