L’automne arrive. les signes, en effet, ne trompent pas : les hirondelles s’en vont et Ben Laden revient. Pour célébrer son anniversaire. Y a-t-il un lien de cause à effet entre l’arrivée de l’un et le départ des autres? Je suis tenté de le croire.

Surmontées successivement les semaines d’inactivités et les divers troubles psychologiques et comportementaux consécutifs à l’agitation du mois de septembre, écartées enfin les interrogations pertinentes mais mal venues sur l’opportunité de la dite agitation (Aldebert et Polycarpe ont-ils réellement besoin de prendre des cours de céramique macrobiotique?)-, il faudra bien que je m’occupe un peu de ces moutons laissés à l’abandon. Les brouillons, les notes s’accumulent, il faudrait mettre un peu d’ordre. Au travail, donc.

J’ai failli arrêter pourtant. Je dois reconnaître que les “à-quoi-bon?”se sont accumulés pendant ces derniers mois. Outre une impression de me répéter, le cyberespace me fait de plus en plus l’effet d’être devenu un cyberdésert où des opinions même pas vraiment contradictoires sont moins agitées par les faux débats que les dunes du désert le sont par les vents. Chacun défend l’opinion générale en la croyant sienne. On se croise, on se salue. Puis on débat, on s’exprime, on est pour ou contre, on s’insulte un peu avant de s’en offusquer.
(En général ils sont contre la douleur, la mort, et pour le bonheur. Quelle audace!)

Ils s’insurgent ensuite. Les sujets, certes, ne manquent guère. Chacun choisira le sien : des enfants en pièces détachées, des steppes en flammes, des océans qui pourrissent et des montagnes qui s’effacent. Des morts surtout, encore et partout. On commente les gazettes, on y cherche de nouveaux sujets, de nouveaux motifs d’indignation.

Au fond on a tort : notre époque est vraiment formidable. Je suis intimement persuadé que jamais dans toute l’Histoire on n'avait contemplé une telle domination de l’absurdité et du néant (l’un serait-il le produit de l’autre ?), si omniprésente et sûre d’elle, si opaque et violente que ça en devient presque grandiose, une magnificence inversée, un gouffre, tout ce qui nous reste pour nous rappeler ce qu’étaient... quoi, au juste ?

On cherchera.

En attendant revenons à nos moutons.


CUL_DE_LAMPE