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Les abeilles disparaissent. Il ne s’agit pas d’une extinction dûe à une chasse outrancière ou à une disparition de leur milieu naturel comme le thon rouge ou le tigre du Bengale. Simplement elles disparaissent. L’apiculteur, un matin, découvre la ruche vide de ses habitantes, les alvéoles désertées. La reine parfois demeure, pondant des oeufs dont plus personne ne saura prendre soin. Il reste dans certains cas quelques ouvrières épuisées et hagardes. Des autres aucune trace, aucun cadavre aux alentours. Des colonies entières volatilisées du jour au lendemain, des ruche fantôme.

Les scientifiques révèlent leur désarroi par la multitude et la diversité des causes envisagées lesquelles sont même supposées être toutes valables simultanément (ce qui est vraiment une belle manière de reconnaître qu’on ne sait rien tout). Ils en profitent pour ajouter un nouveau syndrome à leurs collections. Il est au fond probable que toutes ces causes possibles ne soient que des effets supplémentaires de la cause réelle. Cela étant dit sans vouloir refourguer de l’holistique de quat’sous.

La disparition des abeilles ne va pas supposer de bouleversement majeur dans mon environnement immédiat, ni même sur mes tartines matinales sur lesquelles, une vraie chance! je préfère du beurre. Il semblerait en effet qu’on n’ait pas encore signalé de disparition subite de toutes les vaches d’une étable, même folles, en l’espace d’une nuit. Quoiqu’à y mieux penser cette dernière hypothèse ne devrait pas être trop rapidement écartée : le lait et le miel étant les deux aliments du Paradis, il serait peu surprenant que la disparition de l’un soit rapidement suivie de celle de l’autre.
Nous ne verrons plus d’essaims parcourir la terre, collecter la substance des fleurs puis s’envoler pour le transformer en miel que je ne mets pas sur mes tartines.

Récemment, une ornithologue de ma connaissance m’a appris la diminution de la population des moineaux (qu’on appelle ainsi à cause de la ressemblance de leur plumage avec l’habit monastique). Là encore on ne s’explique guère que puisse diminuer la population d’un animal ne faisant l’objet d’aucune exploitation et capable a priori de s’adapter à tous les milieux. Le prochain sermon de François d’Assise risque de manquer d’auditeurs.

Les dauphins du Yang Tsé ont récemment été déclarés “officiellement disparus” par les autorités chinoises. Leurs cousins du Gange, réputés être messagers des Dieux, feront bientôt de même et pour les mêmes raisons. Que va-t-il rester dans les cours qui descendent des hauts sommets? De toutes façons le débit des eaux descendant vers la mer se tarit. En méditerranée il ne suffit plus à rafraîchir l’eau des zones côtières ce qui permet aux méduses d'y venir proliférer à leur aise. On a vu des élevages de poissons dont tous les pensionnaires ont été dévorés en l’espace d’une nuit, sans pouvoir s’enfuir de leurs parcs, par ces masses gélatineuses et voraces. Le flot d’en haut n’arrive plus à contenir la masse d’en bas.

Dans les grandes villes d’occident, il y a une autre disparition qui semble ne gêner personne, celle des mongoliens. Il faut dire que plus personne ne savait que faire d’eux. Ont également disparu les populations de ces villages qui pouvaient chacun avoir leur “idiot”.  Ce n'était pas inutile, un idiot du village, ça pouvait aussi bien qu’un autre travailler aux champs. Les champs sont en friche à présent. Les ronces envahissent les oliveraies. Il faut les écarter pour voir les restes d’un mur de terrasse. Mais que voudriez-vous faire d’un idiot du village dans une grande capitale ?
Il y a quelques quinze ans, dans une mosquée de Damas, la prière était dirigée avec l'assistance d'un mongolien qui s’acquittait de sa tâche avec une autorité implacable sur les fidèles trop distraits. “You know”, disait le damascène qui l’accompagnait à l’ami qui m’a rapporté cette anecdote , “he has no mind”. Ils sont quelques uns en effet à avoir ce privilège, inné ou acquis. Le sage, dit le Tao, aime à garder sur son visage l’apparence de la plus parfaite stupidité.

Plus d’abeilles, plus de moineaux, ni mongoliens ni dauphins descendant des glaciers de l’Himalaya. And everybody has a mind, now.

Tout cela donne l’impression que la “création” se... résorbe.

Nos moutons font d’ailleurs de même.

CUL_DE_LAMPE

photo Waugsberg via Wikipedia (licence Gnu, j'ai le droit)