Celui que propose dernièrement lemonde.fr à ses lecteurs en ligne est assez croquignol :

Les conditions de l'interpellation du journaliste de "Libération" pour être entendu dans une affaire de diffamation vous paraissent-elles être le reflet…
... d'un dérapage policier comme il en arrive parfois
... ou d'un climat répressif plus général entretenu par les autorités

Voici comment poser comme alternatifs deux aspects d'une même question et disperser soigneusement les données du problème, pour qu'on n'envisage surtout pas qu'un climat répressif entretenu par des autorités puisse, précisément, être propice à des dérapages de la part de policiers (qui ne sont pas plus indifférents que les autres au climat en question, et même au climat général de leur époque).

Mais on ne va tout de même pas encourager les citoyens, même lecteurs du Monde, à établir des liens entre les informations qu'ils reçoivent. Il serait trop dangereux qu'ils eussent une vision même pas globale mais du moins pas trop fragmentée du monde qui les entoure. Ils pourraient commencer à subodorer d'où viennent vraiment les problèmes... Il vaut donc mieux ne donner de connaissances que par tout petits morceaux.

Dans cette même idée, ou presque, à moins que ça n'ait rien à voir, j'ai appris récemment l'existence d'une curieuse discipline scientifique : la pétrologie. Il s'agit, si j'ai bien compris, de la description des processus de formation des roches, ce qui la distingue de la pétrographie qui, elle, se contente de décrire les roches elles-mêmes.

Honte donc aux pétrographes, gens négligents et pusillanimes que n'anime pas l'enthousiasme du véritable chercheur et qui se contentent de la superficialité des choses.

La pétrologie, en revanche, par sa recherche des grands mystère des origines, peut se vanter (et elle le fait, du moins dans Wikipedia) d'être une discipline non seulement scientifique mais aussi phénoménologique. Ce n'est pas rien.

Les pétrologues sont si exigeants et consciencieux que, pour mieux éclairer les énigmes sur lesquels ils se penchent, ils ont divisé leur spécialité en trois branches selon la nature des processus étudiés qui, personne ne l'ignore, doivent être magmatiques, sédimentaires ou métamorphiques.

Moi qui croyait qu'on était encore géographe, j'apprends donc l'existence de pétrologues métamorphiques. Naïf que j'étais!

Ce qui me laisse le plus perplexe, dans cette histoire, c'est qu'on puisse espérer comprendre le réel dans son ensemble (encore le réel selon les scientifiques est-il des plus réduits) quand par ailleurs on fragmente toute connaissance, si spécialisée soit-elle déjà, en d'autres spécialisations à l'objet chaque fois plus ponctuel. À moins que la compréhension du réel ne soit finalement pas le but poursuivi.

Mais revenons à nos moutons.

CUL_DE_LAMPE