20 décembre 2007
INGRID QUI ?
Cette histoire part en eau de quenouille au boudin.
Au début sont apparus un peu partout des portraits en noir et blanc d’une femme, plutôt belle il faut le dire, le visage souriant appuyé sur une main a demi fermée, décidée et volontaire mais encore assez sensuelle en dépit d’une maturité déjà affirmée. On aurait pu croire qu’il s’agissait d’une couverture de magazine féminin proposant un dossier sur une femme de lettres, une avocate brillante, une femme politique en vogue, voire une crème antirides... n’eût été le format colossal de la photo et le fait qu’elle soit disposée sur la façade d’un bâtiment officiel.
Nous apprîmes donc l’existence d’une certaine Ingrid B, fille de très bonne famille colombienne ayant, comme souvent ses pairs, plus vécu parmi la jet-set européenne qu’en Amérique latine, jusqu’à ce qu’un accès du syndrome de La Pasionaria la pousse non seulement à aller faire de la politique en Colombie, ce qui est déjà en soi à peu près aussi vicieux que d’aller faire du trekking au Waziristan, mais la fasse de plus croire que pour avoir clamé au sénat de Bogota son horreur d’une corruption locale pourtant endémique elle pourrait se présenter la gueule enfarinée devant les guérilleros du cru et que ceux-ci allait lui faire une haie d’honneur avec leurs kalachnikov.
Et puis quoi encore ?
La malheureuse rejoignit donc la cohorte, ou plutôt les cinq cohortes soit environ quatre mille personnes aujourd’hui détenues en Colombie par des groupes aux motivations politiques nettement plus obscures que leurs motivations économiques.
Il se trouve que la belle a été mariée il y a déjà longtemps avec un citoyen français ce qui lui a permis d’obtenir la nationalité de son époux. Voilà comment depuis quelques années, sans que l’on sache si cela est dû à l’activisme de sa famille qui remue (fort légitimement) ciel et terre pour la sauver, ou à un désir forcené de nos dirigeants politiques de passer pour des héros, il semble que l’obtention de la libération d’Ingrid B, citoyenne française victime de forces obscures, soit devenue le chrême qui permettrait le sacre de ces dirigeants devant une opinion publique sensible à ce doux visage et à ce délicieux prénom, suédois et donc porteur d’une certaine charge érotique.
Encore Ingrid aux traits si délicats a-t-elle la chance de porter le seul patronyme ibérique à consonance française (1) qu’elle partage avec la célèbre titulaire d’une grosse fortune obtenue dans l’industrie cosmétique ce qui rajoute encore au glamour qui la sauve de l’oubli. Je soupçonne en effet que l’opinion hexagonale eût été plus rétive à admettre qu’Ingrid Bétancourt le valait bien si elle s’était appelée Carmen Gonzalez.
Un chef de gouvernement français, fils lui aussi de très bonne famille et diplomate un temps pacifiste et prestigieux, dont le patronyme nous avait des remugles de glorieuses épopées de serviteurs du royaume, s’y était déjà essayé. Mais l’opération fut montée avec une rigueur comparable à celle qui avait présidé au sabotage du Rainbow Warrior. Elle échoua donc piteusement : on avait en effet oublié de prévenir le gouvernement et ses services “secrets”que, même au fin fond de l’Amazonie, le Brésil est un pays souverain qui n’apprécie pas que l’on viole son espace aérien, fût-ce pour une bonne cause made in France.
Impatient, n’en doutons pas, de réussir là où son rival abhorré avait échoué, le nouveau président testostéroné de la république plus ou moins françoise, M. Sarko(me de kapo)zy semble aujourd’hui avoir fait d’Ingrid B le trophée manquant à sa riche collection qui comporte déjà des infirmière bulgares ramenées en grande pompe de tripolitaine et des hôtesses de l’air espagnoles arrachées au griffes des barbares des grands déserts.
Gesticulant comme à son habitude (ce qui n’est pourtant pas recommandé pour mener à bien des négociations aussi délicates) le président est même parvenu à introduire un nouveau clown dans ce cirque infâme et grotesque. Un tonitruant caudillo marxisto-messianiste qui dirige un pays voisin de celui où Ingrid B est, semble-t-il, détenue est donc venu livrer l’intermède burlesque indispensable à toute chanson de geste. Ce caudillo a d’ailleurs fini par tant tonitruer que le président colombien (dont il faut rappeler qu’en plus de l’agitation internationale et des guérilleros d’extrême-gauche il doit compter avec ses amis anciens miliciens d’extrême-droite qui ne demandent qu’à reprendre les armes qu’il a réussi à leur faire lâcher) a fini par le foutre dehors avec pertes et fracas.
C’est à ce moment que sont apparues les “preuves de vie” sous forme de vidéo puis de photos largement diffusées. À notre époque dominée par le bidouillage numérique je comprends de moins en moins comment une image ou un film peuvent être considérés comme des preuves de quoi que ce soit, mais enfin admettons dans le cas qui nous occupe qu’une certaine personne soit encore à l’heure actuelle prisonnière dans une jungle lointaine.
Il est vrai que le visage d’Ingrid en noir et blanc tel qu’il apparaissait sur les façades de plusieurs mairies de France, si séduisant fût-il, commençait à lasser : en communication, il faut savoir décliner c’est à dire renouveler la forme sans modifier le fond, c’est essentiel.
On a donc présenté la photo d’une femme marquée par l’épreuve, que d’aucun prétendent enchaînée quand d’autres voient autour de son poignet droit un chapelet, avec un détail qui parfait l’ensemble : une interminable chevelure nouée en queue de cheval et décrivant une courbe gracieuse qui, partant de la nuque, franchit l’épaule gauche et s’épand sur le torse et l’abdomen. En plus du regard baissé et des mains jointes sur un chapelet, cela lui donne l’aspect d’une princesse médiévale de conte de fées attendant qu’un chevalier vienne la délivrer dans son donjon gardé par un dragon.
La communication politique spécialisée dans les otages est manifestement encore balbutiante mais je ne doute pas que la prochaine française séquestrée dans la jungle pour la gloriole de nos dirigeants le sera en Indonésie afin que la photo, outre la jungle obscure, puisse comporter quelques varans en manière de dragons. Dans le pire des cas on en sera à fomenter et armer un quelconque groupuscule indépendantiste dans l’île de Komodo.
Pour en rajouter dans la mystique politique larmoyante, la belle princesse écrit dans la jungle des lettres où en plus d’en appeler à Dieu ce qui me parait très sensé, elle lance des tirades pathétiques sur la France éternelle et bienveillante ce qui, en revanche, me paraît un redoutable symptôme de fièvre tropicale.
C’est normalement, je le suppose, à ce stade de la pièce que le chevalier de Sarko(me de Kapo)zy aurait dû surgir au secours de la princesse sur ses 160 chevaux.
Mais finalement le jeune premier nous fait faux bond et préfère aller au château de la belle au bois dormant avec une quelconque salope transalpine. C’est moins loin et moins risqué que les contreforts des Andes et on peut toujours croire qu’un acteur déguisé en Mickey est moins dangereux qu’un guérillero marxiste.
Non, décidément, je ne suis pas sûr de rester jusqu’à la fin d’un spectacle aussi mal écrit : ce final part en quenouille et j’ai l’impression qu’Ingrid B va passer un noël de plus dans la jungle.
Du moins si elle existe vraiment car curieusement sur cette liste des otages (alors que le site est indiqué en lien sur un de ses comités de soutien) apparaît un Javier Betancourt mais aucune Ingrid.
Libérons nos moutons !
(1) Le nom “Bétancourt”, très répandu dans la péninsule ibérique et en Amérique latine, provient de Jean de Béthencourt, gentilhomme normand qui conquît au 15ème siècle les îles Canaries avant de les remettre à la couronne de Castille.

22 novembre 2007
UNE ALIMENTATION PLUS SAINE POUR UNE VIE MEILLEURE
Pour tout ceux d'entre nous qui, fort légitimement, se préoccupent de leur santé et de leur alimentation, voici un compendium de diététique récupéré sur ce site (auquel on se référera pour le texte intégral ainsi que pour d'autres textes du même auteur).
On voit que les exhortations à une vie saine ne datent pas d'hier sans pour autant perdre de leur actualité.
(extraits)
7) Il faut prescrire avec la dernière énergie à toutes les unités de griller leur pain. Il n'existe pas de circonstances, même au milieu d'un marécage, où le pain ne puisse être coupé en tranches, chauffé et grillé sur un feu de bois comme à la chasse et devenir ainsi un produit diététique aussi facile à digérer que la biscotte pour ceux qui souffrent de l'intestin
8) Dans l'annexe -2, " Principes pour l'entretien de la Waffen-SS après la guerre ", l'idée d'une base spéciale pour la nourriture de la Waffen-SS est avancée. J'y souscris pour les garnisons à l'Est, je m'y oppose en général pour les garnisons de l'Ancien Reich. Seules les denrées spécifiques, celles qui ont une influence sur notre manière de vivre doivent; être achetées par nous : fruits et tout particulièrement fruits à amande, noix surtout pour l'hiver, en quantités illimitées, eaux minérales provenant de sources naturelles, jus de fruits, flocons d'avoine et huile pour la cuisine. Toutes les autres denrées alimentaires, céréales, légumes, graisses peuvent nous être fournies dans le cadre d'une vie économique normale. Il faut éviter par tous les moyens l'accumulation excessive à l'intérieur des frontières du Reich des biens fonciers de mainmorte comme l'Église l'avait réalisée au Moyen Age. Notre tâche doit se borner à orienter et à déterminer la préparation de cet aliment par l'obligation imposée à certaines boulangers de moudre à la main et par le travail à la main dans celles des quartiers d'habitation.
(...)
10) L'éducation des membres de la SS et de leur famille doit être menée à bien par tous les moyens possibles
a) En premier lieu par l'accoutumance à notre diététique naturelle dans les établissements d'enseignement national politique, les casernes, les écoles de Junkers, les foyers d'étudiants, les maisons de la Fontaine de Vie, de manière que par, la suite les jeunes ne mangent pas autre chose.
b) Par la création de nombreux commerces vendant ces produits à bon marché, économiquement viables et dirigés par nous dans nos quartiers de la SS et dans les villes. La Direction centrale de la SS devra entreprendre l'étude et l'expliation des problèmes de l'alimentation dans ses cahiers de direction . J'envisage de les transformer en temps de paix, de manière que non seulement l'homme de la SS mais sa femme et sa famille puissent les lire dans leur foyer.
11) Il ne faudra pas que l'inspection supérieure de ces questions, soit un service ou un bureau, car celui ci devrait alors s'occuper d'un nombre effrayant de problèmes administratifs et d'organisation et serait mort. Je me représenterais volontiers une appellation comme " Le curateur-diététicien de la SS " ou " Le responsable diététicien ". Les structures et organes sous son autorité seraient d'une part le chef de l'intendance, les commandants et chefs de compagnie, en ce qui concerne les troupes. Pour la grande famille de la SS, le responsable de l'entretien dans les Oberabschnitt et les Standarte.
(...)
13) Il faudra provoquer la diminution du goût pour la viande dans les générations à venir, lentement, imperceptiblement, judicieusement. Je ne veux pas d'actes arbitraires et brutaux dans ce domaine, mais l'abandon régulier d'erreurs, et d'égarements séculaires pour arriver à un avenir meilleur. C'est seulement quand la viande de boucherie et la charcuterie auront été, sans qu'on le remarque, remplacées par quelque chose d'aussi savoureux, qui satisfasse le palais et les besoins du corps, que l'on pourra escompter un succès: Les prêches et les exhortations morales ne servent à rien du tout.
Nous sommes bien les premiers à savoir que seules de bonnes eaux minérales pas chères et d'excellents jus de fruits ainsi que du bon lait pas cher peuvent supplanter l'alcool.
(...)
15) Je me réserve personnellement le droit d'approuver l'organisation de l'état-major du curateur-diététicien.
16) Je charge le curateur-diététicien de monter sans délai dans les camps de concentration des expériences de toute sortes sur l'alimentation. Des propositions devront m'être soumises sur les ordres de priorité pour les expériences ainsi que des rapports trimestriels.
(...)
18) La tâche la plus urgente me paraît être l'établissement de cantines, ce qui est faisable dans tous les cas et impératif pour les troupes. Il faudra y servir au moins trois fois et en hiver cinq fois par semaine un dîner chaud sous forme de soupe, de pommes de terre à la peau et d'un supplément froid. Tous les soirs une bonne infusion naturelle. Elles devront être installées non pour que l'esprit étroit et borné d'un homme de peu y trouve son expression, mais dans le dessein de fournir un repas riche en vitamines et bien équiibré, même en temps de guerre.
19) Interdiction formelle de servir des pommes de terre salées.
(...)
signé : H. Himmler
Et bien voici. Une vie saine, une alimentation saine, un peu d'exercice, et le monde sera sain et pur. Enfin.
Merci de votre attention. N'oubliez pas vos moutons en sortant.

16 novembre 2007
PRÉPARATIFS DE FUNÉRAILLES
Depuis des années, sous le fallacieux prétexte qu'une attitude positive et optimiste pouvait améliorer les effets de la thérapie, des hordes de bien-intentionnés familiaux ou médicaux harcèlent les cancéreux pour qu'ils adoptent ces poses ridicules. Ma mauvaise foi coutumière m'incline d'ailleurs à soupçonner qu'il s'agissait avant tout de faire taire ces malheureux dont les hurlements de souffrance sont particulièrement dérangeants quand on regarde la télévision.
Pour qui revendique haut et fort le droit imprescriptible de la personne humaine à être de mauvaise humeur et à envoyer ses contemporains au diable, une étude scientifique récemment effectuée par l'université de Pennsylvanie constituera une excellent nouvelle : il s'agissait d'un mythe, l'état d'esprit des patients atteints de tumeurs au cerveau ayant participé à l'étude avant de mourir n'a en rien influencé le résultat du traitement.
La perspective de mon cancer du foie m'apparait déjà un peu moins sombre. L'agonie, dit-on, est quelque chose d'enquiquinant ; avoir à singer l'optimisme devant mon entourage me rendait la mienne désagréable par avance. D'autant qu'on me permettra de trouver franchement pervers de se livrer à des chantages affectifs (ou scientifiques) pour obliger un malade à trouver que la vie est belle alors qu'il s'apprête précisément à la quitter.
Quoiqu'il en coûte aux familles et personnels hospitaliers, je me réjouis donc de voir remis à l'honneur les pleurs et douleurs, les hurlements qui résonnent dans les couloirs, les blasphèmes de ceux qui rendent Dieu responsable de leur supplice, enfin toutes choses qui permettront de rappeler aux bien-portants et autres positiveurs qu'à chacun de leurs pas ils sont suivis par leur mort.
Je vais jusqu'à espérer qu'on en profitera pour reformer la corporation des pleureuses. J'aimerais assez qu'on en rassemble deux douzaines autour de mon lit de mort puis autour de mon cercueil dont les cris et hurlements iront rappeler aux survivants que je ne suis plus à plaindre mais que leur sursis en revanche diminue à chaque seconde (puisque plus personne ne peut trouver, au détour de nos villes, de ces représentations macabres avec lesquelles le Moyen-Âge rappelait à chaque instant que la mort était en définitive la seule certitude dans l'avenir).
Tant qu'à faire je ne serais pas contre un glas pour parfaire l'ensemble.
Et quelques moutons, évidemment.

07 novembre 2007
CÉCITÉ
Selon mes estimations les plus prudentes, je me suis trouvé, depuis que je me suis levé ce matin, en présence d'environ cinquante huit mille quatre cent soixante seize miracles, peut-être même cinquante huit mille quatre cent soixante dix sept.
Bien entendu je n'en ai reconnu aucun.
Tout de même, c'est agaçant...
21 octobre 2007
OÙ L’ON REPARLE DE SAINT JOHN COLTRANE

Une amie en visite à San Francisco a accepté à ma demande pressante de bouleverser son programme de visites pour se rendre à la Saint John Coltrane Church de Fillmore Street afin de m’y dégotter l’îcone ci-dessus, œuvre du révérend Mark C.E. Dukes.
Je trouve les flammes sortant du saxophone particulièrement irrésistibles.
Inutile de décrire ici la joie qu’elle m’a faite et la reconnaissance que j’éprouve à son égard.
(L’existence de cette église, découverte il y a peut-être quinze ans dans un bref article de Libé, m’avait inspiré un précédent billet rédigé au cours d'une écoute attentive tout en parcourant les Fioretti de saint François d’Assise.)
Évidemment l’image fera sans doute sourire la plupart. Pourtant, avec sa composition byzantine irréprochable et cette petite touche de fresque copte éthiopienne que donnent les traits négroïdes du visage, elle n’est somme toute guère plus démente (et même plutôt moins) que ce qu’a produit l’art chrétien depuis le dix-huitième siècle (soyons indulgents et ne remontons pas plus le cours de l’histoire de l’Art) sans parler des chromolithographies que l’on vend encore dans certaines librairies de la rue saint-Sulpice et qui ont sûrement plus fait que la propagande marxiste pour la propagation de l’athéisme chez les gens même pas de goût mais de simple bon sens, ni des ignobles vitraux et fresques vomis par des infraToffoli et autres subFolon qui décorent depuis les annés 50 des églises en béton armé qui semblent des bunkers du mur de l’Atlantique conçus par Rommel lors d’une crise de delirium tremens.
Fera sourire de même, je le subodore, l’idée d’une canonisation d’un musicien de jazz. Certe, outre qu’il était un musicien de génie, à mon avis un des plus grands du vingtième siècle, John Coltrane était un homme d’une grande piété ainsi, au dire de ses contemporains, qu’un prodige de douceur et de délicatesse envers son entourage. Mais on est en droit de penser qu’il est un peu rapide d’en conclure à sa sainteté bien qu’après tout ça ne soit guère plus rapide que les trois quart des canonisations frénétiquement effectuées ces dernières années par les autorités vaticanes, dans un but clairement plus politique que strictement pastoral et grâce à des manœuvres procédurales qui ont, semble-t-il, laissé le droit canonique quelque peu chancelant.
Toujours est-il que des membres de la African Orthodox Church (A.O.C.) ont résolument franchi le pas pour fonder la Saint John Coltrane Church et y célébrer des offices semble-t-il très swing au long desquels les officiants improvisent sur “A Love Supreme” après avoir lu certaines pensées édifiantes du saint fondateur.
Après tout l’esprit souffle où il veut, l’Église catholique a institué une fête des saints inconnus... enfin ce blog n’est pas le lieu pour instruire un procès en canonisation, ni à charge ni à décharge.
Sans qu’il soit besoin d’aller jusqu’à proclamer sa sainteté, et mettant (provisoirement) de côté la magnificence de ses compositions, il y a chez Coltrane la capacité portée au plus haut degré de s’emparer d’un thème quelconque, de la plus niaise des ritournelles et de la tordre, la détordre et la disséquer jusqu’en extraire des éclats de beauté qu’on aurait jamais sans lui pu croire contenus dans une bluette aussi désagréablement insignifiante.
C’est là un de mes exercices jazzistiques préférés, qui révèle une intelligence et une pénétration de la réalité dont peu d’arts aujourd’hui sont capables.
Je ne me lasse pas d’écouter ce que fait Miles Davis (avec John Coltrane) de “un jour mon prince viendra” et l’interprétation de “La Paloma” par Charlie Parker ou celle de “Mon homme” par Billie Holiday sont des revanches éclatantes du génie sur le mauvais goût et la médiocrité qui me sont aussi indispensables, à intervalles réguliers, qu’un séjour dans un sanatorium alpin l'est à un tuberculeux. De l’air, enfin !
Voici un extrait de “La mélodie du bonheur”, une comédie musicale américaine évidemment inepte et vulgaire, dans laquelle on voyait Julie Andrews en nonne virée de son couvent pour aller jouer les neo-Mary Poppers (pardon,Poppins) avec les rejetons à têtes de reichkinder d’un aristocrate plus ou moins bavarois (ou autrichien) et à moitié psychopathe. C’est de la comédie musicale américaine. C’est gluant. Ça suinte de bon sentiments primaires. Tout au plus ceux que leur caractère inclinent à l’indulgence pourront-ils dire que “c’est bien fait” comme on peut dire du crochet à décervelage du père Ubu qu’il est de bonne facture, incassable grâce à son alliage d’aluminium et tungstène.
(La 20th century Fox ayant fait retirer l’extrait de YouTube, ne subsiste que ce mauvais montage d’amateur avec la musique et sans les images du film ; vous ne perdez pas grand’chose et ne vous sentez pas obligés d’aller jusqu’au bout.)
Éprouvant, non ?
Et pourtant il suffit à John Coltrane de reprendre le thème pour, en toute innocence et sans aucun esprit parodique, en balayer tous les miasmes.
Qu’un tel monument de mièvrerie poisseuse, de guimauve musicale yankee, puisse ainsi voler en éclat sous les coups d’une bande de nègres en extase, essouflés et fumants comme des boxeurs, tient pour moi (toutes proportions gardées) de la libération miraculeuse.
C'est entre autres pour cette capacité libératrice à nous rendre visibles, en les faisant éclore, les beautés cachées sous les pires scories artistiques de notre époque si riche en la matière que mes moutons et moi, effectivement, rendons un culte à John Coltrane.

Note :
Non filmée et donc absente de YouTube, la meilleure version de “My favorite things” est, je crois, celle-ci, disponible sur Amazon à un prix ridicule au vu de la quantité de joie, de beauté et d’intelligence contenue dans un simple disque.
17 octobre 2007
INTERLUDE PARANOÏAQUE
L’obsession des médias occidentaux pour l’Islam (qui va évidemment de pair avec une ignorance à peu près totale du sujet et de sa complexité) et la peur panique qui en découle (et se généralise insidieusement dans tous les milieux) de tout ce qui est ou parait musulman, me fait me demander très sérieusement si ce sentiment n’est pas exactement similaire à celui que l’Allemand moyen, grâce à une propagande patiente et méthodique, pouvait éprouver au début des années 30 envers les Juifs.
25 septembre 2007
DU ZEN ET DE LA CONSULTATION DE WIKIPEDIA (un billet constellé de liens bleus)
Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu'on dit avec les yeux
Parler me semble ridicule
Je m'élance et puis je recule
Paroles: Jean-Michel Jarre. Musique: Christophe
© Francis Dreyfus
Ce que je préfère de Wikipedia c’est le bouton “un article au hasard” situé en haut à gauche de la page d’accueil.
Avez-vous, vous aussi, dans votre enfance, connu les délices de l’encyclopédie familiale que l’on feuillette blotti dans un fauteuil du salon en croquant du chocolat aux noisettes (tome 13, Ouagadougou-quantification) ? Et bien avec Wikipedia c’est encore mieux. C’est comme de feuilleter en même temps les vingt-cinq tomes, avec l’assurance que les articles qui défileront devant vous n’auront même pas entre eux le lien certe ténu mais encore trop logique de la proximité alphabétique qui s’impose inévitablement quand on n'en feuillette qu’un seul.
Car il faut, pour donner tout son charme à l’exercice, préserver le caractère totalement aléatoire de la succession des données à l’écran (et donc résister à la tentation de cliquer sur les liens qui se présentent au fil du texte).
Il faut également résister à la tentation d’essayer de comprendre les articles. C’est un exercice qui peut être amusant par ailleurs, surtout quand on s’attache au profil de son auteur tel qu’il apparait entre les lignes.
Ainsi on devine de loin en loin un officier compilant l’historique de son corps et ne pouvant éviter quelqu’envolée lyrique sur quelques-uns de ses faits d’arme : “aujourd’hui, seul subsiste le 1er régiment de spahis stationné à Valence ; il est le dépositaire de toutes les traditions de ses glorieux ancêtres” (sic).
Ici l’auteur, resté anonyme de par les règles de Wikipedia a néammoins réussi à parsemer l’article de croquis explicatifs, eux signés, charmants du reste, qu’il a manifestement exécutés lui-même et légendés d’une calligraphie délicieusement surranée (où donc les officiers du 1er régiment de spahis de Valence ont-ils appris à écrire et dessiner de la sorte ?).
On trouvera encore une liste des races de chiens pourvues de liens vers un article détaillé sur chacune d’entre elles, manifestement rédigé par un quelconque groupement d’éleveur ou fédération canine qui a eu à cœur de spécifier dans la rubrique “morphologie et description” que le rottweiler est “d'humeur aimable et paisible et aime les enfants” (ben voyons !), cette dernière qualité étant d'ailleurs attribuée à toutes les races sans exception afin, je suppose, de ne pas effrayer les parents et acheteurs potentiels du molosse.
Notons enfin les pages sur des établissements clairement commerciaux, rédigées non moins clairement par l’attaché de presse ou chargé de relation publiques de l’entité concernée avant d'être modifiées par la personne occupant les mêmes fonctions au sein d'une entité concurrente.
Au reste, si quelque lecteur appréciant ce blog voulait avoir la bonté d’ouvrir sur Wikipedia un article qui lui soit consacré, nos moutons lui en seraient infiniment reconnaissants.
Il faudra également résister à la tentation d’évoquer au fil des pages Borges et son Livre de sable dont chaque page se dédoublait entre les doigts jusqu’à l’infini de sorte qu’on ne pouvait jamais retrouver une page déjà lue. Il est effectivement peu probable qu’une utilisation normale de la fonction “une page au hasard” de Wikipedia permette de tomber deux fois sur la même page, à moins d’y consacrer des mois.
Il faut résister à tout cela, s’installer commodément devant l’écran, le dos droit, la nuque tendue, inspirer puis expirer longuement, et faire défiler les pages à l’écran, de manière aléatoire comme nous l'avons indiqué.
Nous apprendrons ainsi pour l'oublier aussitôt, dans ce même ordre, avec cette même orthographe et syntaxe, et au long d’une séance de durée moyenne que le Royal Aircraft Factory B.E.2 (Blériot Experimental) était le premier avion militaire à être utilisé par le Royaume-Uni, que Pichot de la Graverie est une famille française de Laval, apparentée aux Clouët de Mayenne, que le château de Maudétour-en-Vexin se situe dans le Val-d'Oise, région Île-de-France, et fut édifié au début XVIIIe siècle à l'emplacement de l'ancien manoir des Rubentel, dont il ne reste aucune trace, que Stevie Williams (né en 1979), est un skateur professionnel qui est l'un des plus grands skateur du monde et que ces principales sponsors sont Dgk by Rbk,Venture trucks, gold wheels, qu'XOF est un code, qui signifie franc CFA BCEAO, la monnaie commune de 8 États africains émise par la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), et auparavant dans la Zone franc regroupant des anciennes colonies de l'A.O.F. selon la norme ISO 4217, que Nicolas Marie Thérèse Jolyclerc est un écrivain et un botaniste français, né en 1746 à Lyon et mort en 1817, que l’ouette d'Égypte (Alopochen aegyptiacus) est un canard de la famille des Anatidés, que Georges Lahy dit Virya (né le 27 novembre 1955 à Marseille) est kabbaliste, écrivain, éditeur et arrière-petit-fils du psychologue et sociologue Jean-Maurice Lahy, que les bambous sont des plantes monocotylédones appartenant à la famille des Poaceae, qu'en coiffure le produit réducteur est un liquide réducteur qui libère deux atomes d’hydrogène qui rompt les ponts cystine, et même que Sezen Aksu, (née le 13 juillet 1954 à Denizli, Turquie), est une Auteur-compositeur-interprète très connue en Turquie.
Sans varier la posture, et en adaptant le conseil des maîtres zen de laisser les pensées s’éloigner comme les nuages dans le ciel, nous laisserons disparaitre dans le cyberespace, poussés chaque fois par celui qui les suit, des textes nous informant lors de leur bref et insignifiant passage à l'écran que Sandy Koufax (né Sanford Braun, 30 décembre, 1935) était un joueur américain de baseball et qu'il a joué toute sa carrière aux Dodgers de Los Angeles, que Joseph Bialot est un écrivain français né à Varsovie le 10 août 1923, que la communauté de communes de Cruseilles est une structure intercommunale française du département de la Haute-Savoie, que Josh Freed est un journaliste, écrivain, humoriste, réalisateur, scénariste et acteur québécois, que Paul Hudson alias H.R. pour Human Rights ou encore Ras Hailu Gabriel Joseph I (né le 11 février 1956 à Londres) est un chanteur Afro-Américain rastafarien qui fusionnera parallèlement à sa carrière au sein du groupe Bad Brains différents styles de musiques noires dans une approche qui s'avèrera singulière, éclectique et artisanale, que le Mont Bates est un volcan et le point culminant de l'île Norfolk (Australie), que le rhododendron (du grec rhodon « rose », et dendron « arbre », littéralement arbre à rose) ou azalée est une plante dont le genre appartient à la famille des Éricacées et dont la floraison est spectaculaire et provoque l'émerveillement (sic), que Climb dance est un court métrage français réalisé par Jean-Louis Mourey, sur la course de côte du Pikes Peak, que le genre Geocrinia regroupe plusieurs espèces de grenouilles de la famille des Myobatrachidae endémiques dans le sud-est ou le sud-ouest de l'Australie, que le Piacenza Calcio est un club de football italien basé à Plaisance qui évolue en 2007-2008 en Serie B, que le réacteur pressurisé européen (EPR, de l'anglais European Pressurized Reactor, rebaptisé aussi US-EPR pour Evolutionnary Power Reactor aux États-Unis) est un réacteur nucléaire présenté par ses concepteurs comme étant "de troisième génération", que le terme "Nachos" peut désigner un plat communément rencontré dans les menus genre Tex Mex et qu'il faut le déguster encore chaud, et rapidement pour ne pas que le fromage durcisse en se refroidissant, que Nicole Questiaux est née à Nantes (Loire-Atlantique), le 19 décembre 1930, que l'assistance gravitationnelle, dans le domaine de l'astronautique, est l'utilisation de l'effet du champ gravitationnel d'un corps céleste sur le vecteur vitesse d'un engin spatial, lorsque la trajectoire a été prévue pour en tirer profit, que la commission interministérielle pour l'étude des exportations de matériel de guerre (ou CIEEMG) donne les autorisations d'exportation d'armement et valide les contrats d'armement à l'exportation, que 75017 est un nombre impair désignant le code postal du 17e arrondissement de Paris alors que UE5 est la désignation provisoire du 75017e astéroïde découvert par LINEAR en 1999, que Ljiljance est un village de Serbie situé dans la municipalité de Bujanovac, district de Pãinja qui, en 2002, comptait 535 habitants, et aussi que le protocole MOESI (Modified Owned Exclusive, Shared, Invalid) est un protocole de cohérence utilisé dans les systèmes multiprocesseurs.
Alors, avec un peu de persévérance, peut-être pourrons-nous, en lisant que la Liste de joueurs des ligues majeures qui ont frappé 500 coups de circuit comprend 22 noms, obtenir le satori.
Et rejoindre nos moutons dans la vacuité parfaite.

14 septembre 2007
SO WHAT ?

Le ciel et la terre n'ont point d'affection particulière.
Ils regardent toutes les créatures comme le chien2 de paille (du sacrifice).
Le saint homme n'a point d'affection particulière ;
il regarde tout le peuple comme le chien de paille (du sacrifice).
Tao te King
Ch. 5, traduction de Stanislas Julien
Certains blogs se font dernièrement l’écho d’un appel de M. Robert Ménard de Reporters sans Frontières, que je confonds toujours avec M. Bob Denard de Mercenaires sans fontières, à moins qu’il ne s’agisse encore d’autres parmi les dizaines de “sans fontières” et c’est à se demander à quoi donc servent ces dernières, à réclamer plus de “droits de l’homme” en Chine à l’occasion de l’organisation par ce pays des Jeux Olympiques de l'année prochaine.
Je sens qu’on va encore m’accuser de faire de l’ironie facile mais il y a des fois où, même avec la meilleure volonté du monde, je n’arrive pas à faire de l’ironie difficile.
À dire la vérité les réclamations au pouvoir chinois risquent fort de se faire sotto voce puisque, selon le communiqué de RSF : “Il n’est pas question de gâcher la fête, ni de prendre en otages les JO.” C’est dommage car l’efficacité de la campagne s’en trouverait grandement augmentée, outre le plaisir personnel que j’éprouverais à voir cette prétendue fête prise en otage et, rêvons un peu, exécutée par ses ravisseurs.
En quoi donc vont alors consister les pressions exercées sur le pouvoir chinois ? En réalité il n'y aura pas de pressions. En partie, je suppose, parce que l’empire chinois, du haut de ces cinq mille ans de civilisation pas particulièrement humaniste possède une rare capacité à ignorer les activistes occidentaux.
Figurez-vous qu’il s’agirait de faire pression sur le Comité International Olympique pour que celui-ci, à son tour fasse pression sur les autorités chinoises. Je ne risque pas grand chose à supputer que ces pressions, à supposer qu'il les exerce ce qui me parait douteux, auront un effet comparable à celles exercées par le poids d'une mouche sur la peau d'un éléphant.
J’apprends que la Charte olympique stipule que le sport doit être mis "au service du développement harmonieux de l’homme, en vue d’encourager l’établissement d’une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine".
À mon avis, une société soucieuse de préserver la dignité humaine devrait surtout avoir à cœur d’interdire le sport de haut niveau afin que l’on ne voit plus jamais de gamines de 14 ans soumises parfois jusque dans leurs lits à des coaches sadiques qui feraient passer des stages d’entrainement de commandos anti-guerilla pour d’aimables sessions de relaxation, ni des malheureux crever à cinquante ans avec la moitié des organes pourris par tous les poisons qu’on leur a injectés afin de raccourcir de deux dixièmes de seconde leur ascension cycliste d'un quelconque col pyrénéen, et je passe sur les ex-nageuses est-allemandes transformées à leur insu en bûcherons canadiens.
Je suppose que toute la tactique consistera à mettre le CIO devant cette contradiction qu’il ne peut proclamer d’aussi nobles principes tout en confiant l’organisation de ses sauteries planétaires à des régimes qui ne respectent pas les droits de l’homme. Mais outre le fait que le CIO a déjà amplement démontré qu’il était capable de désigner Moscou en 1980 ou Berlin en 1936, outre la très haute probabilité qu’en réalité il se foute éperdument des droits de l’homme (le passé politique de Samaranch, aristocrate catalan dégénéré et mouillé jusqu’au goitre dans les bourbiers de Franco ne parle guère en sa faveur), il faudra tout de même se résigner à admettre que ses grandes déclarations idéologiques ne servent qu’à lui assurer le soutien (financier, évidemment) des nations les plus riches et dans lesquelles les populations sont les mieux équipées pour fournir le troupeau de téléspectateurs-consommateurs qui justifie l’investissement colossal autant qu’absurde que représentent ces jeux.
“Pas de Jeux olympiques sans démocratie !” est donc la proclamation altière de Reporters sans Frontières. C’est un tort en vérité. Le spectacle des jeux, de cette jeunesse concentrée dans des stades pour y agiter des drapeaux parmi les torchères en manifestant bruyamment le plus abject chauvinisme devrait au contraire n'être confié qu’aux dictatures les plus implacables, seuls régimes possédant la pratique de ces mise en scènes répugnantes.
Au reste je ne vois absolument pas ce qu’il peut y avoir de commun entre la démocratie et le sport si ce n’est peut-être ce matérialisme qui, ayant réduit la nature humaine à sa dimension physique et mécanique, ne peut plus proposer en fait de transcendance et de dépassement de soi que l’enrichissement personnel ou, dans le cas qui nous occupe, la recherche effrénée de performances physiques n’ayant pour but qu’elle-mêmes.
Je propose donc que les jeux de 2016 soient attribués à la Corée du Nord, ceux de 2020 à la Birmanie et ceux de 2024 à la Guinée Équatoriale.
Mais reprenons l’entrainement de nos moutons.
12 septembre 2007
LE BÉLIER PAR LES CORNES (bonnes résolutions de saison)
L’automne arrive. les signes, en effet, ne trompent pas : les hirondelles s’en vont et Ben Laden revient. Pour célébrer son anniversaire. Y a-t-il un lien de cause à effet entre l’arrivée de l’un et le départ des autres? Je suis tenté de le croire.
Surmontées successivement les semaines d’inactivités et les divers troubles psychologiques et comportementaux consécutifs à l’agitation du mois de septembre, écartées enfin les interrogations pertinentes mais mal venues sur l’opportunité de la dite agitation (Aldebert et Polycarpe ont-ils réellement besoin de prendre des cours de céramique macrobiotique?)-, il faudra bien que je m’occupe un peu de ces moutons laissés à l’abandon. Les brouillons, les notes s’accumulent, il faudrait mettre un peu d’ordre. Au travail, donc.
J’ai failli arrêter pourtant. Je dois reconnaître que les “à-quoi-bon?”se sont accumulés pendant ces derniers mois. Outre une impression de me répéter, le cyberespace me fait de plus en plus l’effet d’être devenu un cyberdésert où des opinions même pas vraiment contradictoires sont moins agitées par les faux débats que les dunes du désert le sont par les vents. Chacun défend l’opinion générale en la croyant sienne. On se croise, on se salue. Puis on débat, on s’exprime, on est pour ou contre, on s’insulte un peu avant de s’en offusquer.
(En général ils sont contre la douleur, la mort, et pour le bonheur. Quelle audace!)
Ils s’insurgent ensuite. Les sujets, certes, ne manquent guère. Chacun choisira le sien : des enfants en pièces détachées, des steppes en flammes, des océans qui pourrissent et des montagnes qui s’effacent. Des morts surtout, encore et partout. On commente les gazettes, on y cherche de nouveaux sujets, de nouveaux motifs d’indignation.
Au fond on a tort : notre époque est vraiment formidable. Je suis intimement persuadé que jamais dans toute l’Histoire on n'avait contemplé une telle domination de l’absurdité et du néant (l’un serait-il le produit de l’autre ?), si omniprésente et sûre d’elle, si opaque et violente que ça en devient presque grandiose, une magnificence inversée, un gouffre, tout ce qui nous reste pour nous rappeler ce qu’étaient... quoi, au juste ?
On cherchera.
En attendant revenons à nos moutons.

26 juin 2007
NOTE DE SERVICE
Nos visiteurs les plus sagaces l'auront audacieusement déduit : ce blog est en sommeil.
La cause en est la suractivité présente de son auteur à qui il arrive, de fait, d'avoir autre chose à foutre que de débiter des inepties en hacheté et melle.
Tant les passants que les habitués sont donc priés :
- de bien vouloir nous excuser
- de se reporter aux archives lesquelles, après un an d'existence, présentent un assortiment varié et de qualité, tant de billets que de commentaires judicieux et même parfois brillants.
Cette hibernation estivale devrait durer jusqu'à l'automne ce qui est le lot de toute chose estivale en ce bas monde.
Mais revenons à nos marmottes.

