20 décembre 2007
INGRID QUI ?
Cette histoire part en eau de quenouille au boudin.
Au début sont apparus un peu partout des portraits en noir et blanc d’une femme, plutôt belle il faut le dire, le visage souriant appuyé sur une main a demi fermée, décidée et volontaire mais encore assez sensuelle en dépit d’une maturité déjà affirmée. On aurait pu croire qu’il s’agissait d’une couverture de magazine féminin proposant un dossier sur une femme de lettres, une avocate brillante, une femme politique en vogue, voire une crème antirides... n’eût été le format colossal de la photo et le fait qu’elle soit disposée sur la façade d’un bâtiment officiel.
Nous apprîmes donc l’existence d’une certaine Ingrid B, fille de très bonne famille colombienne ayant, comme souvent ses pairs, plus vécu parmi la jet-set européenne qu’en Amérique latine, jusqu’à ce qu’un accès du syndrome de La Pasionaria la pousse non seulement à aller faire de la politique en Colombie, ce qui est déjà en soi à peu près aussi vicieux que d’aller faire du trekking au Waziristan, mais la fasse de plus croire que pour avoir clamé au sénat de Bogota son horreur d’une corruption locale pourtant endémique elle pourrait se présenter la gueule enfarinée devant les guérilleros du cru et que ceux-ci allait lui faire une haie d’honneur avec leurs kalachnikov.
Et puis quoi encore ?
La malheureuse rejoignit donc la cohorte, ou plutôt les cinq cohortes soit environ quatre mille personnes aujourd’hui détenues en Colombie par des groupes aux motivations politiques nettement plus obscures que leurs motivations économiques.
Il se trouve que la belle a été mariée il y a déjà longtemps avec un citoyen français ce qui lui a permis d’obtenir la nationalité de son époux. Voilà comment depuis quelques années, sans que l’on sache si cela est dû à l’activisme de sa famille qui remue (fort légitimement) ciel et terre pour la sauver, ou à un désir forcené de nos dirigeants politiques de passer pour des héros, il semble que l’obtention de la libération d’Ingrid B, citoyenne française victime de forces obscures, soit devenue le chrême qui permettrait le sacre de ces dirigeants devant une opinion publique sensible à ce doux visage et à ce délicieux prénom, suédois et donc porteur d’une certaine charge érotique.
Encore Ingrid aux traits si délicats a-t-elle la chance de porter le seul patronyme ibérique à consonance française (1) qu’elle partage avec la célèbre titulaire d’une grosse fortune obtenue dans l’industrie cosmétique ce qui rajoute encore au glamour qui la sauve de l’oubli. Je soupçonne en effet que l’opinion hexagonale eût été plus rétive à admettre qu’Ingrid Bétancourt le valait bien si elle s’était appelée Carmen Gonzalez.
Un chef de gouvernement français, fils lui aussi de très bonne famille et diplomate un temps pacifiste et prestigieux, dont le patronyme nous avait des remugles de glorieuses épopées de serviteurs du royaume, s’y était déjà essayé. Mais l’opération fut montée avec une rigueur comparable à celle qui avait présidé au sabotage du Rainbow Warrior. Elle échoua donc piteusement : on avait en effet oublié de prévenir le gouvernement et ses services “secrets”que, même au fin fond de l’Amazonie, le Brésil est un pays souverain qui n’apprécie pas que l’on viole son espace aérien, fût-ce pour une bonne cause made in France.
Impatient, n’en doutons pas, de réussir là où son rival abhorré avait échoué, le nouveau président testostéroné de la république plus ou moins françoise, M. Sarko(me de kapo)zy semble aujourd’hui avoir fait d’Ingrid B le trophée manquant à sa riche collection qui comporte déjà des infirmière bulgares ramenées en grande pompe de tripolitaine et des hôtesses de l’air espagnoles arrachées au griffes des barbares des grands déserts.
Gesticulant comme à son habitude (ce qui n’est pourtant pas recommandé pour mener à bien des négociations aussi délicates) le président est même parvenu à introduire un nouveau clown dans ce cirque infâme et grotesque. Un tonitruant caudillo marxisto-messianiste qui dirige un pays voisin de celui où Ingrid B est, semble-t-il, détenue est donc venu livrer l’intermède burlesque indispensable à toute chanson de geste. Ce caudillo a d’ailleurs fini par tant tonitruer que le président colombien (dont il faut rappeler qu’en plus de l’agitation internationale et des guérilleros d’extrême-gauche il doit compter avec ses amis anciens miliciens d’extrême-droite qui ne demandent qu’à reprendre les armes qu’il a réussi à leur faire lâcher) a fini par le foutre dehors avec pertes et fracas.
C’est à ce moment que sont apparues les “preuves de vie” sous forme de vidéo puis de photos largement diffusées. À notre époque dominée par le bidouillage numérique je comprends de moins en moins comment une image ou un film peuvent être considérés comme des preuves de quoi que ce soit, mais enfin admettons dans le cas qui nous occupe qu’une certaine personne soit encore à l’heure actuelle prisonnière dans une jungle lointaine.
Il est vrai que le visage d’Ingrid en noir et blanc tel qu’il apparaissait sur les façades de plusieurs mairies de France, si séduisant fût-il, commençait à lasser : en communication, il faut savoir décliner c’est à dire renouveler la forme sans modifier le fond, c’est essentiel.
On a donc présenté la photo d’une femme marquée par l’épreuve, que d’aucun prétendent enchaînée quand d’autres voient autour de son poignet droit un chapelet, avec un détail qui parfait l’ensemble : une interminable chevelure nouée en queue de cheval et décrivant une courbe gracieuse qui, partant de la nuque, franchit l’épaule gauche et s’épand sur le torse et l’abdomen. En plus du regard baissé et des mains jointes sur un chapelet, cela lui donne l’aspect d’une princesse médiévale de conte de fées attendant qu’un chevalier vienne la délivrer dans son donjon gardé par un dragon.
La communication politique spécialisée dans les otages est manifestement encore balbutiante mais je ne doute pas que la prochaine française séquestrée dans la jungle pour la gloriole de nos dirigeants le sera en Indonésie afin que la photo, outre la jungle obscure, puisse comporter quelques varans en manière de dragons. Dans le pire des cas on en sera à fomenter et armer un quelconque groupuscule indépendantiste dans l’île de Komodo.
Pour en rajouter dans la mystique politique larmoyante, la belle princesse écrit dans la jungle des lettres où en plus d’en appeler à Dieu ce qui me parait très sensé, elle lance des tirades pathétiques sur la France éternelle et bienveillante ce qui, en revanche, me paraît un redoutable symptôme de fièvre tropicale.
C’est normalement, je le suppose, à ce stade de la pièce que le chevalier de Sarko(me de Kapo)zy aurait dû surgir au secours de la princesse sur ses 160 chevaux.
Mais finalement le jeune premier nous fait faux bond et préfère aller au château de la belle au bois dormant avec une quelconque salope transalpine. C’est moins loin et moins risqué que les contreforts des Andes et on peut toujours croire qu’un acteur déguisé en Mickey est moins dangereux qu’un guérillero marxiste.
Non, décidément, je ne suis pas sûr de rester jusqu’à la fin d’un spectacle aussi mal écrit : ce final part en quenouille et j’ai l’impression qu’Ingrid B va passer un noël de plus dans la jungle.
Du moins si elle existe vraiment car curieusement sur cette liste des otages (alors que le site est indiqué en lien sur un de ses comités de soutien) apparaît un Javier Betancourt mais aucune Ingrid.
Libérons nos moutons !
(1) Le nom “Bétancourt”, très répandu dans la péninsule ibérique et en Amérique latine, provient de Jean de Béthencourt, gentilhomme normand qui conquît au 15ème siècle les îles Canaries avant de les remettre à la couronne de Castille.

Commentaires
"fille de très bonne famille colombienne et pour cette même raison ayant plus vécu parmi la jet-set européenne qu’en Amérique latine"
Il ne manquerait plus que l'on trouve un lien avec Pascal Bruckner et l'affaire Stern.
http://www.rue89.com/2007/12/19/la-sulfureuse-amante-du-banquier-edouard-stern-tue-a-geneve
Parce qu'elle le vaut bien !
(Hem! hem! une petite faute d'inattention :
"elle pourrait se présent[er] la gueule enfarinée")
"Se présenter" à l'infinitif, effectivement.
Merci Jean-Balthazar. C'est corrigé.
Les mots des fois...
Et bien les farc sont clairs :
"La démission immédiate d'Uribe et de tout son gouvernement
garantirait la libération de tous les prisonniers"
Dixit le porte-parole des farc, Raoul Reyes.
Il est intéressant de noter que les "retenus" ne sont pas
qualifiés "d'otages" mais de "prisonniers".
Dans le politiquement correc' je ne peux plus dire aujourd'hui
que les gens sont pris en otage par la sncf ou la ratp
quand ils bloquent les gens et les empêchent de faire
ce qu'ils ont à faire ou de faire ce qu'ils veulent faire.
On me dit : mais un "otage" c'est pas ça, c'est plus grave !
Ah bon ?...
Oui c'est possible, mais en même temps je suis égoiste,
j'ai du mal à m'interesser à un autre trou du cul que le mien.
Comme tout le monde en fait, ni plus ni moins.
Et j'ai du mal dans cette société du spectacle à me motiver
pour Ingrid, mais c'est sûrement une personne bien...aussi.
Votre évocation du gentilhomme normand de Béthencourt m'a rappelé une question soulevée lorsque j'entendis parler récemment de "Normands anglais", aussi je vous l'adresse, au cas où vous sauriez : qu'est-ce donc q'un Normand anglais, plîîîzz ? La nNomrandie aurait-elle été colonisée par les Brit's déjà ?!?
Enfin, z'y allez pas avec le dos de la Mer morte à propos de Carla...
Je suppose qu'un normand anglais est un descendant des normands qui ont envahi l'Angleterre avec Guillaume le Conquérant. Peut-être qu'on les appelait comme ça pour les distinguer de ceux restés en Normandie.
Carla est très charmante. Elle le sera encore plus dans quelques années, quand on la promènera dans les rues après lui avoir rasé le crâne.
Enfin, du moment qu'elle ne chante pas.
Non, je plaisante.
Ça fait plaisir de vous "revoir" ici.
Je me demande comment Yasmina Reza a réagi à la nouvelle ?
Merci pour l'Histoire normande. Des Normands qui colonisent, j'aurions pas cru !
Je précise que j'ai paraphrasé, en fin de commentaire, un personnage haut en couleurs in Quebec, à tel point que ses perronismes sont passés à l'histoire pour les sportifs en tout genre qui aiment à se refiler la rondelle de la haute littérature...
http://www.chez.com/furotte/perronisme.htm
Je lis ce post avec retard mais j'en profite pour dire mon agacement devant l'appellation constamment renouvelée par la presse française de "la franco-colombienne"Ingrid Bétancourt. Est-elle française ou colombienne? Comment peut-on être deux choses à la fois? Si elle a la nationalité française je ne vois pas comment elle pouvait briguer la magistrature suprême de Colombie, si elle est restée colombienne, ce qui bien sûr est un droit honorable, pourquoi dit-on la franco-colombienne? On m'a déjà affirmé sur un autre blog que c'était dans l'air du temps d'avoir deux ou trois nationalités, globalisation oblige. Et si ces nationalités sont en conflit? Si élue présidente de la Colombie elle avait eu à agir contre la France? Tout cela me semble bizarre. Je sais qu'Arno Klarsfeld a fait son service militaire en Israël. Cela ne me choque pas qu'il se sente "israélien préférant vivre en France", au contraire c'est flatteur pour notre pays, mais s'il est français je comprends mal qu'il puisse être aussi israélien. Enfin je suppose que je retarde!
Dang, on peut avoir deux nationalités quand les deux pays qui vous les ont concédées ont des accords permettant de ne pas perdre l'une en adoptant l'autre. Je suppose donc que c'est le cas de la France et de la Colombie.
Juridiquement c'est aussi simple que cela.
Ingrid Betancourt, si elle avait été élue présidente, et si la France et la Colombie s'étaient trouvées en conflit... Voilà qui est bien hypothétique. Mais effectivement la situation serait compliquée.
J'ai un vague souvenir d'un certain Stoleru, ministre centriste s'étant engouffré dans une des "ouvertures" mitterrandiennes, dont on avait révélé la double nationalité franco-israëlienne.
Évidemment quand on avait évoqué le fait qu'en tant que ministre cela pouvait faire douter de son indéfectible loyauté au gouvernement de la nation, la horde habituelle avait hurlé à l'antisémitisme...
Je ne me souvenais pas de l'exemple de Stoléru mais il illustre bien ce qui me gêne. On m'avait dit que Badinter aussi avait la double nationalité française et israélienne, ce qui pouvait être difficile pour un membre du gouvernement. Voilà donc bien le problème. L'aspect juridique que vous signalez est à mes yeux secondaire puisque pour moi la nationalité dépend de soi et non des papiers. Ce jeune américain qui a fait son service militaire avec moi, qui n'avait jamais mis les pieds en France, qui ne savait pas un mot de français mais qui s'était souvenu qu'il avait la double nationalité pour ne pas aller au Vietnam et qui est reparti aux USA tout de suite après aurait certainement refusé de servir en France en cas de mobilisation. Je crois que dans son coeur on a une nationalité, les arcanes juridiques n'y changeront rien. Je crois donc qu'Ingrid Bétancourt est colombienne. Elle est française par mariage d'accord mais si on se présente aux élections en Colombie c'est que l'on se sent colombien.
Je ne sais pas, Dang, si l'on doit s'obliger à se définir par UNE nationalité.
De ce que j'ai pu lire de Mme Bétancourt (parlons d'elle avec un peu de respect, enfin) elle a l'air d'avoir envers la France un attachement idéal et envers la Colombie un attachement plus sentimental.
La nationalité dépend de soi, dites-vous. J'avoue que je serais bien en peine, moi qui vit hors de France depuis plus de dix ans et sans intention d'y revenir, d'avoir à dire auquel des deux pays, d'origine et d'adoption, je me sens le plus attaché. Et si un conflit devait éclater entre les deux, je crois sincèrement que je m'en tiendrais éloigné.
Peut-être Mme Bétancourt a-t-elle pensé que c'était à la Colombie qu'elle pouvait être utile.
Pour ma part, si j'avais vocation à faire de la politique, ne serait-il pas logique de le faire dans le pays où je vis plutôt que dans le pays d'où je viens ?
Dans toute cette histoire, la nationalité française d'IB me parait surtout être un prétexte en or pour que le quai d'Orsay puisse effectuer une opération de marketing humanitaro-diplomatique en Amérique latine. C'est bien ce qu'il y a de plus triste dans cette affaire.
Tout à fait d'accord avec votre conclusion. Pour la nationalité le sujet me passionne parce que j'ai vécu aussi à l'étranger et que je sentais que je m'éloignais de ma francité, et aussi parce qu'il y a quatre nationalités dans ma famille proche. De mon expérience je me rapproche de ce que vous dites, on a surtout la nationalité du pays où l'on vit, dont on parle la langue tous les jours. Et justement cette démarche n'a rien à voir avec ce qui est inscrit sur la carte d'identité.
Dang, moi aussi je me sens m'éloigner de ma francité. Cela étant l'expérience est intéressante en ce qu'elle s'apparente à un filtrage qui me permet de mieux évaluer ce qui, quand je vivais en France, relevait d'une réelle assimilation de sa culture (qui a perduré) et ce qui relevait d'une pression du milieu social (qui a logiquement disparu).
Je crois me souvenir que le thème était apparu dans ce billet
http://nosmoutons.canalblog.com/archives/2006/10/12/2886733.html
et dans la conversation qui s'était ensuivie.
Cela dit, j'ai l'impression à vous lire que le fait de se définir par rapport à une nationalité est beaucoup plus important pour vous que pour moi qui pourtant, tout comme vous, compte diverses nationalité dans sa famille, tant chez ses ancêtres que chez ses proches. (N'y voyez pas l'ombre d'une critique de ma part, chacun emploie les instruments qu'ils juge les plus adéquats pour tâcher de définir son identité.)
En tout cas...
...Belle démonstration des farc : il n'y a pas qu'Ingrid sur terre.
Il est intéressant de notter que ce qui semble important pour les uns
ne l'est pas forçément pour les autres.
Redite : "J'ai du mal à m'intéresser à un autre trou du cul que le mien.
Etonnant non ?
Désolé Pablo, je ne me relis pas, guillemets pas férmés
et fautes à tous les étages, si c'était un effet de ta bonté de
corriger ces bévues.
Enfin le fond de ma pensée est clair :
On libère des otages mais ce ne sont pas les "bon" !!!
Enfin si un peu quand-même, ce sont ceux qui "donnent de l'espoir".
Y sont forts ces farc quand même.
Et le Hugo qui mérite la médaille des sauveteurs...en mer...
hum, pardon...de mères (de mômans si vous préférez)
Etonnant non ?
Ce monde est truffé de mystères, et parfois de boulles de gomme.
Désolé Pablo, c'est une fois de plus tout plein de fôtes mes bidules
que je dis.
Si tu as un bon SR je suis preneur :-)))
Luc,
la suite de cette histoire d'otages avec son gosse dans un orphelinat de Bogota est grotesque. On a beau savoir que ce sont des colombiens qui improvisent le scénar' en fonction des sondages d'audience, c'est digne d'une de leurs pire telenovelas.
Quant à Ingrid B, j'en suis à me demander si le battage pour obtenir sa libération n'en a pas finalement fait un enjeu qui empêche précisément que les FRAC la relâchent. Too bad.
Installe Firefox et un dictionnaire si tu veux éviter les fautes.
Etonnant non ?
Et bien il est étonnant de constater aujourd'hui, et les dates
de postages sont là pour la chrono, qu'effectivement,
la FARC n'en a rien à foutre de la pression médiaticomerdique
de qui que ce soit.
Bref, Ingrid n'est certainement pas une priorité.
C'est dingue ce nombrilisme des fois...
J'oubliais l'essentiel,
Bonjour Pablo.
Sourds que vous êtes ?
N'entendez-vous vraiment pas Ingrid dans la nuit ?
dis-moi qui tu adores et...
Le lien vers cette note étant réapparu sur BigPic, je relis le toujours très excellent texte, puis lis les commentaires dont quelques-uns non-lus. Juste pour dire qu'il paraît que notre gouverneure-générale et son mari ont dû renoncer à leur nationalité française pour accepter der servir l'État canadien...
Par ailleurs, on voit bien que la nationalité est une "valeur" très relative quand on observe ceux pour qui la patrie a pour lieu - et dieu - l'argent.
Sayonara.
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